BONNES PRATIQUES : ARCHITECTURE EN TERRE

Printer Friendly and PDF
Construction sans bois

BONNES PRATIQUES : Une industrie culturelle en développement : « L’Architecture en Terre »

Comment répondre aux besoins des familles, tout en respectant les traditions architecturales, l’environnement et ses contraintes bioclimatiques ?

La philosophie du projet

L’ONG « Comitato Internazionale per lo Sviluppo dei Popoli » (CISP) au Niger a clôturé les activités de l’action: « Une industrie culturelle en développement : l’Architecture en Terre » en 2014, après deux ans et demi de mise en œuvre. Financé à hauteur de 80% par le Programme ACPCultures+ (mis en œuvre par le Secrétariat du Groupe des Etats ACP et financé par l’Union européenne), le projet a été cogéré avec plusieurs partenaires issus de la sous-région : le Cabinet d’Architecture Adobe et l’ONG Association Nigérienne de Construction Sans Bois au Niger (ANCSB) ; le Cabinet d’Architecture Architerre et l’ONG Bâtisseurs Sans Frontières (BSF) au Mali, l’ONG Development Workshop (DWBF) au Burkina Faso et l’ONG Afrique Sans Frontières (ASF) au Cameroun, associé au Musée National Boubou Hama de Niamey (MNBH) et à l’Agence de Promotion des Entreprises et Industries Culturelles au Niger et à l’École du Patrimoine Africain de Porto-Novo au Bénin (EPA).

Pourquoi ce projet ? Tout d’abord pour créer les conditions d’une réflexion et d’un dialogue sur le patrimoine et l’habitat au Niger et dans la région. « La stratégie du CISP au Niger repose sur l’appropriation des projets par les autorités, par la société civile et par la population, pour permettre les conditions d’un changement de comportement durable », explique Sandro De Luca, directeur du projet. « De ces échanges est né un réseau actif qui vise à corriger l’image de la construction en terre auprès du grand public, pour proposer des solutions d’habitat moderne qui répondent aux besoins des familles et respectent leurs traditions architecturales, l’environnement du pays et ses contraintes bioclimatiques. Le patrimoine culturel représente une véritable occasion de développement dans des pays qui sont confrontés à des situations de grande pauvreté. Des insoupçonnables potentialités liées à la valorisation de leurs biens culturels sont souvent présentes dans ces pays dont l'exploitation par des investissements bien mirés peut produire de l'emploi et des revenues pour toute la population et en particulier pour les jeunes ».

De ce point de vue les industries culturelles revêtent dans le monde contemporain toujours plus d'importance dans leurs différentes articulations : les industries créatrices, la sauvegarde de techniques et de traditions, la préservation et la valorisation de patrimoines culturels et monumentaux qui méritent d'être connus et appréciés. Il ne s’agit pas seulement de les protéger en visant exclusivement la conservation, mais de les considérer comme un réservoir de potentialités à promouvoir pour produire des réponses aux défis de la globalisation. Pareillement, les interventions dans ce domaine, notamment lorsque elles s’orientent principalement vers la société civile ou aux acteurs du secteur privé, ne peuvent pas faire abstraction du renforcement des capacités des institutions publiques. Ces dernières recouvrent un rôle fondamental pour assurer que cette approche  puisse devenir une partie intégrant des stratégies de développement et des politiques publiques qui les traduisent en actions concrètes.

Les objectifs du projet

L’objectif du projet « Une industrie culturelle en développement : l’Architecture en Terre » était l’amélioration des conditions économiques, sociales et culturelles des populations locales à travers la promotion et le renforcement de « l’industrie culturelle » que constitue l’Architecture en matériaux locaux, en vue d’entamer un processus de développement durable.

Le projet a été conçu autour de six axes : a) réalisation d’un inventaire du patrimoine architectural en terre ; b) création d’outils didactiques, c) construction et aménagement du pavillon de l’architecture en terre au MNBH et construction de prototypes d’habitat au MNBH  ; d) organisation du chantier-école  des formations pour les professionnels de l’architecture en terre ; e) organisation d’un cycle de conférences nommé « Le matinée de l’architecture en terre » ; f)  organisation du colloque international « La semaine de l’architecture en terre » au CCFN.

A. Inventaire. Afin de valoriser le patrimoine en terre existant, l’ANCSB a traversé le Niger en vue de réaliser une monographie sur le sujet. Suite à une formation au CISP sur l’identification et sur les standards internationaux pour le catalogage des bâtiments, une équipe formée par cinq professionnels de l’ANCSB a sillonné les huit régions du Niger pour inventorier le patrimoine architectural en terre selon une liste indicative- mais non exhaustive - des sites et monuments d’intérêt national. Cette monographie présente les merveilles du patrimoine en terre du Niger et a pour but de diffuser ce patrimoine en vue de sa conservation, classement, restauration et promotion présentant un panel de bâtiments et techniques remarquables du Niger. Au même titre, les partenaires au Mali, Burkina Faso et Cameroun ont parcouru leurs pays pour cataloguer le patrimoine en terre et les techniques qui sont chaque fois utilisées.

B. Outils didactiques. Le projet a également réalisé 6 documentaires. Le but de ces documentaires est d’informer le grand public et les professionnels de l’intérêt de l’architecture en terre non pas de former des professionnels, en vue d’éviter une mauvaise utilisation des matériaux.Pour compléter les outils pédagogiques, le projet a réalisé 50 mallettes scientifiques et expérimentales (kit animateur) pour l’animation des “ateliers découverte” Ces mallettes ont été pensées pour accompagner les ateliers-découverte.

C. Pavillon de l’architecture en terre. Pour donner une visibilité importante à l’architecture en terre et faire connaître les différentes techniques de construction le projet a construit un pavillon de l’architecture en terre au MNBH, sur base d’un concours d’idées international remporté par l’équipe nigériane-brésilienne « B au Carré ». Ce pavillon a été  réalisé en deux différentes techniques de mise en œuvre, la terre stabilisée et le pisé. Le pavillon assure une grande visibilité des possibilités offertes par les techniques de construction en matériaux locaux. Les éléments d’exposition existants au sein du MNBH sont valorisés au sein du nouveau pavillon et accompagnés de l’ensemble des outils didactiques. Ils servent de pôles d’attraction pour sensibiliser les opinons publiques. Ce pavillon fait écho aux édifices similaires des autres pays partenaires (par ex : Le Centre de l’Architecture en Terre à Mopti – Mali).

D. Formations et chantier écoles et prototypes. Afin de démontrer les qualités et les possibilités d’habitat du matériau terre, mais aussi pour former les apprentis par les professionnels et les maîtres de l’architecture en terre, deux prototypes d’habitats ont été construit au MNBH. Ces prototypes exposent les différentes techniques de mise en œuvre de la terre, la terre stabilisée et le banco. Les prototypes offrent un habitat contemporain basé sur les savoir-faire locaux en proposant un logement à étage. L'étage supérieur permet non seulement aux habitants du logement de profiter de la fraicheur des pièces largement ventilées et protégées par une moustiquaire pour y dormir, mais aussi d'y faire sécher les aliments à l’abri des bêtes et de l’humidité du sol pendant la saison des pluies et d'y vivre séparés des animaux. La finalité est de provoquer un changement de comportement pour diminuer les maladies comme le paludisme et offrir un habitat digne à coût réduit. En plus le projet a conçu le prototype d’une salle polyvalente à l’attention des institutions, afin de sensibiliser les décideurs à une utilisation publique de ces techniques comme pour la construction de classes d’école, dispensaires, maisons de la culture, centres pour l’épanouissement des jeunes, etc.

E. Conférences. Deux ans et demi de conférences/débats/échanges (y compris des visites des chantiers ouverts et des maisons construites en terre) ont précédé la tenue, au mois de mai 2014 à Niamey, du colloque international « La Semaine de l’Architecture en Terre ».

F. Colloque. L’inauguration officielle des trois constructions en terre au MNBH a marqué la fin du colloque. La finalité du colloque était de constituer un véritable réseau de professionnels de l’architecture en terre tout en accompagnant la prise de conscience contribuant à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine architectural et au développement des synergies de coopération professionnelle entre les pays. En s’appuyant sur le renforcement technique et de l’entreprenariat du secteur professionnel ce réseau a visé les transferts de compétences, la dynamique d’innovation, la créativité et l’évolution de technologies appropriées. Ce réseau permettra aussi de satisfaire les besoins et les attentes d’une société en mutation et notamment de créer des opportunités d’emploi dans le secteur.

Les partenaires ont également mis en place une exposition temporaire (itinérante dans les 4 pays) et permanente au Musée National Boubou Hama de Niamey, Niger : « L’architecture en TERRE au Niger entre passé et FUTUR ».

Le CISP et ses partenaires ont su faire en sorte que les autorités locales, la société civile et la population s’approprient du projet pour permettre les conditions d’un changement de comportement durable. De ces échanges est né un réseau actif qui vise à corriger l’image de la construction en terre auprès du grand public, pour proposer des solutions d’habitat moderne qui répondent aux besoins des familles et respectent leurs traditions architecturales, l’environnement du pays et ses contraintes bioclimatiques.

Les résultats

Après deux ans et demi de mise en œuvre, le projet a produit plusieurs résultats remarquables.

1. Le patrimoine architectural en terre de la région a été inventorié et largement promu auprès des décideurs politiques, professionnels, architectes et entreprises de constructions. Il y a eu une forte appropriation du projet de la part des autorités, qui ont confirmé leur engagement dans le secteur culturel comme vecteur de lutte contre la pauvreté. La preuve en est la création d’un ministère de la Culture à part entière en aout 2013 et le cofinancement apporté par le Ministère de la Culture, des Arts et des Loisirs au projet ;

2. Un pavillon de l’architecture en terre a été crée et aménagé au sein du Musée National Boubou Hama de Niamey. La construction en terre n’avait pas bonne réputation au Niger, avec une connotation « d’habitation pour pauvres ». Le fait de construire effectivement en terre a permis à bon nombre de personnes de réaliser l’intérêt qu’apporte ce matériau et de le mesurer, faisant changer et évoluer les mentalités ;

3. Les capacités techniques et entrepreneuriales du secteur professionnel de l’architecture en terre ont été renforcées. Plus de 100 entrepreneurs et quelque 1800 jeunes de 10 à 20 ans et les élèves en maçonnerie des centres de formation par apprentissage du Niger ont participé aux ateliers-découverte. Des nouvelles techniques ont pu être transmises et assimilés (briques banco et maçonnerie, banco et gomme arabique, brique et maçonnerie BTC, enduits chaux, pisé, enduits Ayorou, enduits) ;

4. Les réseaux nationaux et transnationaux sur la thématique de l’architecture en terre ont été créés et sont désormais actifs, permettant une plus large coopération entre les pays africains. La mise en valeur d'une mémoire commune et  la connaissance des traditions ont contribué au renforcement de la cohésion sociale des pays de la région.

Le projet a donc démontré que l’utilisation du banco et de la latérite comme matières premières de construction disponibles et locales peuvent être la base pour un habitat moderne et adapté au Sahel. Dans les dernières années, au Niger et dans des pays avec des problématiques bioclimatiques et démographiques similaires, se sont multipliés les recherches en matériaux et techniques mixtes. Ainsi, les résultats de cette typologie de recherche pourront être situés dans un contexte historique, politique et culturel plus large, dans le but de stimuler la discussion professionnelle et interdisciplinaire où l’architecture en terre, source d’innovation, pourrait contribuer à détecter des réponses pour un nouveau concept d’habitat exigent d’une architecture bioclimatique et respectueuse de l’environnement.

Les expériences acquises au Niger et les exemples des pays voisins renforceront les choix stratégiques des décideurs et l’engagement à améliorer la vie des populations pour suivre un chemin cohérent face aux défis démographiques, environnementaux et énergétiques.

 Pour plus de "bonnes pratiques" du Programme ACPCultures+, cliquez ICI

24 août 2015
© copyright 2012 : ECO3 S.P.R.L. - webmaster@acpculturesplus.eu