BONNES PRATIQUES. DOCUSOUND

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Faith Wafula, Docusound Student

BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+. DOCUSOUND

La production de documentaires audio orientés vers le changement social

Avec le soutien du programme ACPCultures+, un consortium d’ONGs a créé un réseau de réalisateurs de documentaires radio dont beaucoup d´entre eux sont invalides ou handicapés

DOCUSOUND vise à construire un réseau d´inclusion sociale de réalisateurs, dont une partie souffrant d’un handicap, de documentaires radios orientés vers le changement social. Pendant deux ans, le programme a formé 30 professionnels à  la réalisation de documentaires radiophoniques. Ces documentaires destinés à être principalement mis en ligne sur une plateforme multimédia ont également été diffusés sur des radios communautaires au Sénégal et au Kenya. L’objectif de ce projet, qui s’est renforcé en cours de mise en œuvre, était de produire un contenu concret destiné à accroître la prise de conscience sociale et engendrer un changement social durable. Au total, 50% des personnes en formation étaient malvoyants ou souffraient d’un handicap.

“DOCUSOUND est une arme de sensibilisation massive”, a déclaré Federico Gallas, le chef de projet. “Nous produisons et distribuons des documentaires audio, nous dirigeons un programme d´éducation aux médias et nous enseignons : en un mot, nous promouvons une culture de narration orale sous toutes ses formes et nous défendons toutes les minorités pour qu´elles puissent participer à la production et à l´échange de culture et d’information.”

Dans un monde dominé par la vidéo, former des professionnels dans le domaine des techniques audio peut paraître provocateur. “L´audio est un des meilleurs moyens pour atteindre le public dans les pays africains”, explique Federico Gallas. “La radio est partout, plus facile à utiliser techniquement et moins coûteuse.”

La philosophie du projet est de travailler avec des personnes handicapées sur des thèmes sociaux. Les personnes handicapées ont la chance de pouvoir témoigner de leur handicap et de sensibiliser la société et la population locale.

James Kibaki est un jeune apprenti atteint d´albinisme vivant au Kenya. “DOCUSOUND était une période passionnante de ma vie”, explique James. “J´ai une passion pour raconter les histoires de personnes handicapées et marginalisées dans la société mais ils n´avaient pas de plateforme. Grâce à la formation j´ai pris davantage confiance en moi, je sais maintenant comment développer une histoire et écrire correctement une proposition.”

James a raconté l´histoire de Mary, une veuve de 47 ans qui a 4 enfants à charge. Actuellement, elle travaille occasionnellement comme gardienne, malgré sa mauvaise vue et les nombreuses heures en plein soleil sans crème solaire. Elle fait face quotidiennement à de nombreux défis, menacée par des personnes qui la maltraitent à cause de sa couleur de peau et de  sa mauvaise vue. Lorsqu´elle le signale à la police, celle-ci se moque d´elle au lieu de l´aider. Malgré tous ces défis, Mary doit avoir du pain sur la table à la fin de la journée et payer le loyer à la fin du mois.

Un soin des yeux adapté, un diagnostic approprié, une ordonnance d´un ophtalmologue et de la crème solaire pourraient alléger les difficultés auxquelles Mary fait face tous les jours. “La plupart des personnes atteintes d´albinisme sont confrontés aux mêmes défis que Mary et par le biais de ce documentaire j´espère pouvoir changer l´attitude négative de la société envers les personnes atteintes d´albinisme et inciter les décideurs politiques à penser aux personnes atteintes d´albinisme lors de la conception et l’établissement des lois et politiques”, a déclaré James Kibaki.

Un autre exemple de l´utilité des documentaires audio pour sensibiliser aux problèmes des personnes handicapées nous est donné par Faith Wafula (photo), une jeune journaliste nigériane. “DOCUSOUND fut une expérience extraordinaire pour moi”, dit-elle. “ Les femmes et leur émancipation m´ont toujours passionnées. Je pense que chacun a une histoire et DOCUSOUND me permet désormais de donner la possibilité aux femmes vulnérables de se faire entendre. J´ai rencontré des personnes formidables et j´ai appris à interagir avec des personnes handicapées. Chaque jour nous enseigne de nouvelles choses : le travail en équipe, la patience, la résilience et l´espoir.”

Faith raconte l´histoire des mères de la rue. “Certains les considèrent comme une menace pour la société, les regardent avec dégoût”, explique Faith. “D´autres ont pitié d´elles, mais la majorité d´entre nous leur est indifférente. Mon histoire évoque deux de ces femmes. Shiro et Elizabeth me parlent de leur périple en tant que jeunes mères vivant dans les rues, brossant un portrait sombre des mauvais traitements qu´elles et leurs enfants ont endurés et endurent toujours dans les rues qu´elles appellent leur foyer. Shiro parle du viol collectif qu´elle a subi quand elle était jeune et à cause duquel elle est tombée enceinte. Sa force et sa résilience résonnent dans ses mots lorsqu´elle parle de pardon et de son espoir pour l´avenir”, continue à expliquer Faith. “Elizabeth parle de comment elle devait se réfugier dans les rues après s´être défendue contre son beau-père qui voulait faire d´elle une ‘femme’. J´ai choisi de faire un documentaire sur les mères de la rue parce que les mères symbolisent la continuité de la vie, la continuité des générations. J´ai réalisé que les rues sont la source d´une génération entière et peu en sont conscients. Les mères de la rue sont confrontées à des épreuves inimaginables et une maltraitance indescriptible et tout cela alors qu´elles essayent de protéger leurs petits qui les admirent, des petits qu´elles ont eu lorsqu´elles étaient à peine assez âgées pour avoir des enfants.”

Lorsque nous lui demandons ce que DOCUSOUND lui a apporté, elle répond en toute franchise : “Mon but est de susciter une prise de conscience et de changer la perception publique sur la question des mères de la rue et, par conséquent, réussir à ce que la société dans son ensemble aide ces femmes, aussi minime leur aide soit-elle. Ceci est le seul moyen pour briser le cercle de la “vie dans la rue”. En aidant les mères, nous aidons les enfants. Grâce à DOCUSOUND j´ai appris à faire un documentaire professionnel et à le distribuer largement sur internet.”

Au total, 26 documentaires audio ont été produits et sont en ligne sur les plateformes web du projet (senegal.docusound.org, kenya.docusound.org).  15 de ces documentaires ont été diffusés sur 6 radio communautaires, certaines de ces radios touchant un public de plus d´un million de personnes.

Bien que la contribution financière de l´Union européenne ait pris fin en 2014, le projet contient des éléments durables sur le terrain qui devront être consolidés par de nouveaux financements.. En effet, des organisations travaillant avec des personnes handicapées au Cameroun, au Mali et au Bénin ont officiellement fait part de leur intention de développer un réseau dans leurs pays respectifs. En outre, un partenariat suivi entre les radios locales et des organisations de personnes vivant avec un handicap a été établi tandis qu’un réseau d’activistes au niveau des médias a été créé au Sénégal et au Kenya, favorisant une plus grande prise de conscience parmi la population de ces problématiques.

Pour des plus amples informations : http://docusound.org

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24 septembre 2015
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