BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+: ART AGAINST POVERTY

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BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+: ART AGAINST POVERTY

Vaincre la pauvreté grâce à l'art et transformer le talent en métier

Un grand nombre d'artistes ont déclaré avoir vécu une expérience qui a changé leur vie, et avoir acquis de nouvelles compétences qui seront utiles pour leur développement futur.

Vaincre la pauvreté grâce à l'art et transformer le talent en métier : c'est avec cette devise que le CEFA et ses partenaires, Cultural Video Foundation et Vijana Vipaji, ont travaillé pendant 26 mois sur le projet (de janvier 2014 à février 2016).

Le projet a recensé 337 artistes de Nairobi et de Dar es Salaam (150 bénéficiaires au Kenya et 187 en Tanzanie), notamment des talents issus de milieux difficiles ; et il a été mené grâce à différentes stratégies visant à trouver et créer des espaces à l'intérieur des économies culturelles et créatives des deux pays.

« Art Against Poverty » (AAP) est un projet qui a établi des lignes directrices de travail en faveur de :

• Renforcement des compétences artistiques techniques et de gestion ;
• Mise en avant et apprentissage de la présentation (de soi) et de l'auto-promotion (« self-marketing ») ;
• Construction d'un réseau social visant à mettre les artistes en relation avec les scènes artistiques et culturelles, et encourager les échanges et les interactions artistiques ;
• Propositions d'événements et d'opportunités aux artistes afin de leur permettre d'exposer et de présenter leur talent et leurs œuvres ;
• Plaider auprès des décideurs politiques pour assurer les droits des artistes et mieux sensibiliser le grand public aux valeurs de l'art et de la culture.

« Le projet se concentre particulièrement sur de jeunes talents : les artistes ont entre 18 et 35 ans », explique Marina Mazzone, la coordinatrice du projet CEFA en Tanzanie. « L'une des caractéristiques du groupe tanzanien de bénéficiaires a été la participation d'artistes venant de milieux particulièrement défavorisés, comme des personnes handicapées ou ayant des besoins spécifiques, des personnes albinos, ou encore des enfants des rues ou des bidonvilles. »

Même le groupe d'artistes de Nairobi comprenait des personnes aux situations difficiles, comme des artistes venant des bidonvilles les plus pauvres de la capitale. Les artistes kenyans étaient principalement des artistes solo, même s'ils étaient souvent liés à l'un des centres culturels et artistiques bourgeonnant de la ville ou à des groupes d'artistes. À l'inverse, la plupart des artistes de Tanzanie étaient membres soit d'un groupe de musique ou de théâtre, soit d'une troupe de danse. La légère disparité socio-démographique montre bien la culture plus diversifiée, plus individualiste et de plus en plus occidentalisée de la capitale kenyane. Alors qu'ici, des artistes bilingues issus du milieu littéraire faisaient partie du programme, du côté de l'AAP en Tanzanie, il n'y avait personne mettant cet aspect-là en avant. Du fait d'un niveau d'éducation assez bas, les artistes de Dar es Salaam peuvent avoir du mal avec l'anglais correct, et les plus jeunes savent parfois à peine écrire, même en kiswahili. À Nairobi, il semblerait que le milieu de l'art et de la culture rassemble des artistes au niveau (d'éducation) plus élevé. « Pour résumer », conclut Marina, « alors que Nairobi a déjà fait ses premiers pas vers la mise en place d'une économie culturelle, Dar es Salaam commence tout juste à l'envisager grâce à une contribution internationale grandissante et de nouvelles opportunités artistiques y voient peu à peu le jour. »

Après un appel à propositions en 2014, le projet a sélectionné plus de 330 artistes issus d'un éventail de disciplines variées : arts visuels, musique, littérature, arts du spectacle, danse, thérapie artistique, enseignement artistique, photographie, création de mode, théâtre, peinture...

Après la sélection, le projet AAP a conduit des entretiens individuels avec les bénéficiaires. Le but était d'utiliser les informations collectées lors de ces entretiens au terme du projet afin de voir si les objectifs de départ et les aspirations des bénéficiaires avaient été atteints et dans quelle mesure. En plus de jauger le niveau artistique des bénéficiaires, un questionnaire cherchait également à déterminer leurs besoins de formation(technique, artistique ou en gestion), dans le cas où ces formations seraient proposées. Les résultats ont indiqué qu'un nombre important de bénéficiaires souhaitait suivre une formation en gestion, alors que peu de requêtes pour la formation technique ont été formulées.

Une fois les besoins évalués, le personnel du projet AAP a organisé  une large variété d'ateliers et de formations (32), de programmes d'échange (3), d'opportunités de mise en valeur et d'exposition de projets artistiques (25), et ce, en se focalisant sur la lutte contre la pauvreté et sur le développement des opportunités dans le marché de l'art du pays d'origine de l'artiste. Les formations étaient diverses et variées et ont permis de répondre aux problèmes spécifiques des artistes : de la musique à la vidéo, l'art-thérapie, la peinture, les cours d'anglais, le yoga et la gestion.

L'expérience « Jumping Village »

Pendant les mois de juin et juillet 2015 s'est tenu un atelier de quatre semaines regroupant 20 artistes (danseurs, musiciens et chanteurs) qui ont participé au « Jumping Village », une production mêlant danse et musique traditionnelles et contemporaines. Le spectacle tournait autour du thème des conflits territoriaux, lequel répond à l'appel fait par le concours « Energy, Art and Sustainability for Africa », (Énergie, Art et Développement Durable pour l'Afrique), lancé par la compagnie italienne ENI dans le cadre de l'EXPO 2015 à Milan. La force envoûtante et l'expression des corps en mouvement sur la musique live étaient au cœur de la prestation scénique. Le public y participait activement et se retrouvait confronté à la question brûlante de la saisie de terres, de la gestion des ressources naturelles, de la sécurité alimentaire et des besoins locaux dans un contexte de mondialisation. L'atelier s'est conclu par une répétition publique au National Museum de Dar es Salaam. Le spectacle a été joué à Milan lors de l'EXPO (octobre 2015) et à Bruxelles lors des Journées Européennes du Développement (juin 2016).

Résultats et rendements : indicateurs qualitatifs

L'acquisition de compétences spécifiques (artistiques, en gestion et entrepreneuriales) était au centre du projet AAP, au Kenya et en Tanzanie. « Un grand nombre d'artistes ont déclaré avoir vécu une expérience qui a changé leur vie, et avoir acquis de nouvelles compétences qui seront utiles pour leur développement futur », explique Marina. « Lors de l'évaluation finale, tous les artistes ont souligné l'importance de la formation en gestion et des opportunités de réseautage que le projet AAP leur a fournies. De nombreux artistes ont exprimé l’impression de se sentir mieux qualifiés, mieux investis et mieux équipés pour saisir les opportunités professionnelles qui se présenteront à eux », analyse-t-elle.

La majorité des artistes (90 %) a eu l'opportunité de générer des paiements occasionnels. Ceux qui ont appris le plus étaient issus du domaine des nouveaux médias, tels que la photographie et la réalisation de films, ou appartenaient à des groupes de danse et de musique ou à des groupes de techniques d'art spécifiques qui ont vu le jour au sein du projet. Le groupe de docteurs clowns tanzaniens, le premier dans tout le pays, est la preuve concrète que l'art peut être rentable tout en ayant un impact social. Ce groupe a signé deux contrats avec les plus grands hôpitaux de Dar es Salaam, permettant ainsi à la « clown thérapie » d'être reconnue en tant que telle. La troupe du Theatre of the Oppressed (Théâtre des Opprimés) s'implique sans cesse en faveur des campagnes de différentes ONG et organisations internationales. Pour la première fois, certains écrivains kenyans ont pu publier leurs œuvres qui se sont vendues avec succès.

D'autres exemples de réussite :

• Le groupe de musique Red Acapella a gagné en popularité et a obtenu de nouvelles dates de concert ;
• La troupe de théâtre The Pacific Initiative joue régulièrement dans différents districts de Nairobi dans le cadre de pièces participatives ;
• Adaka Labana Rakar, cinéaste et photographe, a décidé de commencer une carrière politique ;
• Eric Mwaura, cinéaste et photographe, a créé sa propre entreprise ;
• Le dessinateur Dennis Gitonga a publié sa première illustration et est devenu éditeur dans un magazine pour enfants ;
• Grâce à ses graffiti, le peintre Kenneth Ottieno s'est vu offrir de nombreuses opportunités et a créé le projet jeunesse « Sunday Boys » (« Les garçons du dimanche ») ;
• Le peintre Dickson Wakwabubi possède aujourd'hui son propre studio et il a été sélectionné parmi les 8 autres artistes du projet AAP dont les œuvres feront l'objet d'une exposition permanente au Centre d'art Kuona Trust pour une durée de trois ans ;
• L'écrivain Mwangi Gituro a publié deux livres ;
• La troupe Dar Creators a été sollicitée par de nombreuses organisations telles que Save the Children, CCBRT et Nipe Fagio pour interpréter des pièces de théâtre interactives ;
• Parmi les activités les plus remarquables de ce projet, on peut compter la formation multi-niveaux d'artistes pour devenir « docteurs clowns », qualifiés à diriger des séances de thérapie auprès d'enfants souffrant de handicaps ou de cancers ;
• Le dessinateur Medy a signé un contrat avec un journal tanzanien ;
• Grâce à son portfolio, le peintre Johnson Mjindo a remporté une place en Autriche (été 2015) ;
• Le groupe Albino Revolution a été engagé dans le cadre d'une campagne nationale de sensibilisation, financée par une organisation finlandaise ;
• Après avoir réalisé la peinture murale d'un restaurant à Dar es Salaam, deux artistes visuels ont obtenu un nouveau contrat avec d'autres organisations et agences.

Pérennité

L'action a été enregistrée auprès de la loi kenyane WiBO Culture en tant qu'organisation communautaire. La CVF (Cultural Video Foundation) et le CEFA ont formé ensemble une équipe d'artistes motivés, certains faisant partie du projet AAP, d'autres non, qui organise désormais de nouveaux événements. Parmi ceux-ci, certains ont déjà été lancés et ont mené à la création de nouvelles collaborations intéressantes, au niveau local et régional. Le modèle économique est très simple. Un bus (à double-étage, comme on peut en trouver à Londres) situé au centre de Nairobi, dans le quartier de Westlands, est devenu un espace de travail collaboratif dont s'occupe la CVF.

La start-up WiBO Culture s'occupe du sujet des événements, et ainsi, implique différents artistes. Les revenus générés par la vente des billets d'entrée et autres formes de parrainage (public ou privé) permettent de couvrir le budget de ces événements. « The Alchemist Bar », l'entreprise de boissons qui co-gère la propriété où se trouve le bus, paie directement les artistes pour qu'ils se produisent, dans l'optique de conserver une haute fréquentation du bar.

Revendications auprès des décideurs politiques

L'un des points forts de ce projet est bien-sûr la politique culturelle mise en place avec succès dans le paysage politico-culturel kenyan. Le projet AAP s'est déroulé en même temps qu'était mise en place une nouvelle constitution kenyane, permettant le dialogue et l'échange avec les décideurs politiques, leurs homologues et les agences gouvernementales. L'équipe de gestion kenyane du projet AAP a travaillé pendant 12 mois afin de développer une nouvelle contribution durable, le « Cultural Policy Toolkit », une « boîte à outils » dont le but est de faciliter l'élaboration des politiques culturelles et leur mise en œuvre. Il est plus simple pour les fonctionnaires du comté de suivre les mêmes étapes pour l'identification, la protection et le développement des biens artistiques et culturels. Les données recueillies seront la preuve d'un lien direct entre la vitalité communautaire et les arts. Cette « boîte à outils » a été officiellement présentée en décembre 2015 devant un public de 40 personnes, parmi lesquelles se trouvaient le ministre des Sports, de la Culture et des Arts, l'Autorité de transition, la Commission Nationale du Kenya pour l'UNESCO et 10 comtés.

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21 décembre 2016
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