BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+: CAPITAL NUMÉRIQUE

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BONNES PRATIQUES du programme acpcultures+: CAPITAL NUMÉRIQUE

Encourager la préservation du patrimoine audiovisuel des pays ACP

La philosophie du projet « Capital numérique » pourrait être résumée par cette phrase de l’écrivain Jules Renard : « Mon imagination, c’est ma mémoire ». Le projet dans son ensemble visait à encourager la préservation du patrimoine audiovisuel des pays ACP. Dans cette logique, trois axes de travail ont été développés :

1) remise en circulation d’œuvres ayant disparu des circuits de diffusion faute de copies numériques ; l’objectif fixé était de 200 heures de fictions ou documentaires ;

2) amélioration de l’exploitation des archives des télévisions : meilleure gestion des stocks d’images, facilitation des échanges et incitation à la production de documentaires à base d’archives ;

3) appui à la mise en place d’un cadre légal favorable à la conservation (et donc à la valorisation) du patrimoine audiovisuel (dépôt légal audiovisuel) dans les huit pays de l’UEMOA. Le projet a été accompagné d’un soutien à une action locale à valeur exemplaire, celle de l’Institut Imagine appelé à mettre à la disposition des enseignants et chercheurs un fonds de films et de séries numérisés.

LE FONDS AUDIOVISUEL

La remise en circulation d’œuvres numérisées reposait sur l’implication d’un organisme associé (la Bibliothèque nationale de France) et de deux partenaires (Côte Ouest Audiovisuel, distributeur de programmes de télévision et Soon, opérateur de la plateforme VoD Africafilms.tv). L’objectif affiché était la remise en circulation de 200 heures de programmes, après signature de mandats de distribution avec une centaine de structures de production audiovisuelle.

Quant à la diffusion de ces programmes, elle s’annonce prometteuse :

  • un contrat de diffusion a déjà été signé avec la télévision nationale du Mali pour distribuer 100 heures de programmes;
  • une diffusion sur YouTube. Au total, les 30 films ou épisodes de séries mis en ligne dépassaient les 500 000 vues (donnée avril 2017).

« Les signatures de nouveaux mandats de distribution, les livraisons aux distributeurs et aux ayants-droits de fichiers numériques obtenus auprès de la Bibliothèque nationale de France et les ventes de droits de diffusion aux télévisions devraient se poursuivre », explique Pierre Barreau, responsable du projet.

ACTIVITES LIEES AUX FONDS D’ARCHIVES DES TELEVISIONS

L’amélioration de l’exploitation des archives de télévision a donné lieu à trois chantiers distincts. Le premier concernait la remise à niveau du système AIME par une vingtaine de télévisions publiques pour la numérisation et l’indexation de leurs archives. AIME est un logiciel d’indexation et d’aide à la numérisation des archives audiovisuelles. Développé par le CIRTEF à partir des années 2000, il a été implanté dans une vingtaine de chaînes de télévision publiques africaines ainsi qu’en Haïti sans que les développements nécessaires à un fonctionnement fluide puissent être achevés. Le projet Capital numérique a permis de développer une nouvelle version du logiciel conforme aux souhaits des informaticiens et archivistes qui utilisent ce système. Il a permis également une mise en réseau des utilisateurs d’AIME via le site Archibald qui permet des échanges d’archives. Le développement de la version IV d’AIME a été mené à bien sous la responsabilité de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). La mise en place de ce système et la formation des utilisateurs (informaticiens et archivistes) a ensuite été assurée conjointement par l’INA et le CIRTEF (Conseil International des Radios et Télévisions d’Expression française). En janvier 2017, le CIRTEF pouvait annoncer que 25 sites situés dans 23 pays étaient équipés du système AIME IV.

Le projet a permis également la mise en ligne du site Archibald. Archibald est un outil destine à la centralisation, la sauvegarde, la possible mise à disposition des fonds audiovisuels provenant des différents sites AIME dans plusieurs pays d’Afrique. 15 chaînes de télévision s’étaient inscrites sur le site en avril 2017 (Niger, Mali, Gabon, Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, Sénégal, Comores, Burkina Faso, Guinée, Madagascar, Ile Maurice, RDC, Seychelles et Djibouti). La fréquentation sur l’année 2016 atteignait déjà 11.750 visites et 5.200 ouvertures de fichiers, ce qui indique un réel intérêt pour l’outil et permet d’espérer une montée en puissance dans les mois et les années à venir.

ACTIVITES LIEES AU DROIT D’AUTEUR ET AU DEPOT LEGAL AUDIOVISUEL

La mise au point d’un texte communautaire sur le dépôt légal audiovisuel dans la zone UEMOA a pu être menée à bien intégralement dès 2014. Le texte finalement validé le 3 décembre 2014 par les experts est une directive qui a ensuite été approuvée en septembre 2015 lors de la réunion des experts et ministres de la Culture de l’Union. Son adoption définitive reste cependant suspendue à la décision du Conseil des ministres statutaires (ministres des finances) de l’UEMOA.

A ce volet du projet a été associée une opération « pilote » d’appui au département « archives audiovisuelles » de l’Institut Imagine de Ouagadougou. D’une part, la centaine de documents audiovisuels pour lesquels Côte Ouest Audiovisuel a obtenu des mandats de distribution a été remise à Imagine dans le cadre de contrats de type « médiathèque » autorisant la consultation des œuvres sur place. D’autre part, pour garantir la viabilité des activités du département archives audiovisuelles de l’Institut, il était prévu que celui-ci soit équipé d’un scanner de films permettant à la fois de sauver ou de valoriser des œuvres tournées en pellicule et d’assurer des rentrées d’argent par l’intermédiaire de prestations de services.

Le matériel choisi, adapté au traitement de films 16 mm et 35 mm a finalement été livré à Ouagadougou en juillet 2016. La formation des utilisateurs a eu lieu un mois plus tard. La mission effectuée fin novembre par un expert de la Bibliothèque nationale de France a permis d’effectuer un diagnostic des capacités et des besoins du pôle « archives audiovisuelles » d’Imagine. Grâce à cette mission, une possibilité de former en France un technicien de l’Institut Imagine a pu être identifiée et devrait être mise en œuvre en 2017.

« Les actions en faveur de la mémoire audiovisuelle contribuent, par elles-mêmes,  à renforcer la vie démocratique des pays concernés », explique Pierre Barreau. « Les jeunes générations peuvent découvrir ainsi des aspects de l’histoire politique et sociale de leurs pays qu’elles ignoraient, ce qui contribue à un meilleur exercice de la citoyenneté. En redonnant vie à des œuvres oubliées ou disparues, Capital numérique a permis aux publics touchés de revisiter l’histoire politique de leurs pays ».

C’est le cas avec certains éléments des séries « Mémos » et « Mémoires vives », mais aussi avec les œuvres remises en circulation, par exemple, « Ironu », long-métrage projeté au Bénin en mars 2016 (30 ans après sa sortie), ce qui a permis au public de (re)découvrir le temps des partis uniques, avec leur cortège de violations des droits de l’homme.

La série « Taxi Brousse » (soutenue par l’Union européenne), plusieurs fois primée au début des années 2000 et restée dans les mémoires malgré l’arrêt total de sa diffusion, est redevenue accessible et pourra de nouveau donner lieu à des débats sur les nombreux thèmes sensibles qu’elle aborde, dont les questions de gouvernance, démocratie, droits de l’homme et VIH/Sida.

D’autres séries ou courts-métrages tels que « Sita », « Mariage précoce » ou « Naître fille en Afrique » abordent la question des droits de la femme. Les droits des enfants sont également évoqués dans « Taxi Brousse » ainsi que dans les courts-métrages « La quête violée » ou « Garba ».

 

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26 octobre 2017
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