BONNES PRATIQUES. PAMOJA, UN RÉSEAU PANAFRICAIN DE RÉSIDENCES ET DE PRODUCTION

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Hardo Kâ, copyright Pamoja

Bonnes pratiques. Pamoja, un réseau panafricain de résidences et de production

Comment encourager la création partagée et la circulation des artistes ?

Le contexte

Pamoja est parti d’un constat simple en Afrique : la difficulté pour des artistes africains de créer sur le continent et l’absence de circulation d’artistes et de projets entre les pays, tant au niveau du processus de travail que de la diffusion.

Pamoja, « ensemble » en swahili, apporte une première réponse à l’échelle de trois structures créées et portées par des artistes : les Studios Kabako basée en RDC sous la direction de Faustin Linyekulal’Association 1er temps au Sénégal  fondée par Andréya Ouamba et enfin Culturarte au Mozambique dirigé par Panaibra Canda.

« Les artistes africains sont confrontés à une double problématique », explique Virginie Dupray, chef de projet de Pamoja. « À l’exception de l’Afrique du Sud, la plupart des pays sur ce continent n’offrent pas les conditions nécessaires à la survie économique des artistes, sans même évoquer les questions de formation. Les lieux de travail et de diffusion sont rares, les quelques festivals n’ont pas les budgets nécessaires pour inviter des artistes d’autres pays du continent, et il est souvent plus facile de faire venir une compagnie de France grâce au soutien de l’Ambassade qu’une compagnie d’un autre pays du continent. L’enseignement qui pourrait assurer aux artistes une base régulière de revenus est très peu développé et ils ne reçoivent la plupart du temps aucun soutien de leur gouvernement respectif, les politiques culturelles étant inexistantes, à quelques exceptions près… C’est à cette problématique que nous avons essayé de répondre à notre échelle, avec Pamoja ».

Les activités du projet

Concrètement, dès janvier 2013, Pamoja a accompagné, grâce à plusieurs résidences, la production de :
12 projets de jeunes artistes, les résidences « Débuts »3 projets d’artistes confirmés, les résidences « Parcours »
3 projets de recherche, les résidences «  Recherches »

3 créations, les « productions maison »

Les résidences, qui ont eu lieu à Kisangani, Maputo et Dakar, ont été accompagnées de nombreux temps de partage avec les communautés locales: 3 laboratoires -ateliers, master classes, ateliers et stages pour les artistes, mais aussi pour les encadrants techniques et administratifs, performanceset rencontres avec le grand public…

Le projet a aussi apporté son appui à la diffusion de certaines œuvres dans les festivals ou via des plateformes du continent (plateformes Kinani à Maputo, Uhuru festival à Durban, …).

Auront ainsi été accueillis une cinquantaine d’artistes venus du Sénégal, du Mozambique, de RDC, mais aussi du Nigéria, de la Côte d’Ivoire, d’Afrique du Sud, du Burkina Faso, du Ghana, de Madagascar, de France et du Portugal…

Quand les conditions le permettent, les artistes africains voyagent…

« Nous sommes très fiers de la circulation à l’international des projets accompagnés… », déclare Virginie Dupray. Les projets « doivent vivre, avoir le temps de grandir en se confrontant au public, sur le continent et au-delà ». Ce défi a pu être gagné grâce au projet Pamoja. Highway to Heaven de la sud-africaine Hlengiwe Lushaba a ainsi été montré sur trois des plus importantes scènes pour le spectacle vivant en Allemagne en synergie avec le programme Dance Dialogues Afrika. Qui n’a jamais désiré ? du congolais Patrick Haradjabu a été montré en novembre 2014 au festival Abok I Ngoma à Yaoundé avec le soutien de l’Institut français. Créée entre Kisangani, Dakar et Bobo Dioulasso, la visionnaire Nuit blanche à Ouagadougou de Serge Aimé Coulibaly a été présentée aux Récréâtrales à Ouagadougou et au Tarmac à Paris en janvier 2015…

Des nouveaux partenariats stables et des créations croisées

L’internationalisation des troupes et des artistes a permis de nouer des partenariats stables avec des structures de prestige dans d’autres pays. Ainsi, pour des partenariats avec des structures de diffusion locales ont vu le jour : le Centre-Culturel Franco-Mozambicain ou la Plate-forme de danse contemporaine Kinani à Maputo, le Centre culturel Blaise Senghor, l’Institut français de Dakar ou le festival Duo-Solo de Saint-Louis au Sénégal, l’Alliance française de Kisangani ou le festival Le Temps du théâtre de Lubumbashi en RDC…

Le projet Pamoja a eu un impact dans la mise en relation d’artistes de différents pays.  « La création partagée, a été l’occasion  de construire une écriture particulière, réunissant compétences, savoir-faire et sensibilités de différents pays. La création partagée c’est aussi le dialogue entre différents pays, la connaissance mutuelle ». Les créations ont croisé les pays, établissant des dialogues entre la RDC et le Sénégal (Toxu), le Mozambique et Madagascar (Casa), la RDC et la Côte d’Ivoire (Qui n’a jamais désiré ?) ou la RDC et l’Afrique du Sud (Highway to HeavenTrio sans titre). Des créations qui ont également croisé les champs artistiques, avec la danse, mais aussi le théâtre (Chacun signe sa vie), la musique (5 Sense OrgansMy Gender Lives Here,Répétition à la maison…), les arts plastiques (Casa)…

Le futur et l’impact

Pamoja s’est terminé en mai 2015 et laissera la place à d’autres processus d’accompagnement de jeunes artistes entre Kisangani, Dakar et Maputo, capitalisant sur ce circuit unique de production et de résidence qui, en trois ans, aura permis d’être aux côtés d’une vingtaine de projets danse et théâtre. Déjà, les Studios Kabako ont accueilli en mai 2015, avec le soutien de l’Institut français / Afrique et Caraïbes en créations, Toxu, le trio de Momar Ndiaye, dans la continuité d’une première résidence de création accueillie par Pamoja à Dakar en juin-juillet 2014.

Pamoja aura nourri aussi des processus de partage avec les communautés artistiques locales. Au soutien apporté à trois temps forts de formation, se sont ajoutés des master classes, des stages individuels artistiques, techniques ou administratifs lors des accueils en résidences et des ateliers administratifs et techniques. Ce sont ainsi plusieurs centaines de jeunes professionnels qui auront bénéficié de ce programme. Une nouvelle génération d’artistes a pu être formée.

Dans chaque ville, Pamoja aura offert aussi aux publics locaux des temps de découvertes et de partages réguliers (représentations, discussions, projections, répétitions ouvertes…).

Côté diffusion, Pamoja poursuivra son soutien à la diffusion des projets accompagnés, notamment auprès des festivals du continent. Le festival Duo-Solo de Saint-Louis au Sénégal a accueilli quatre productions Pamoja : Répétition à la maisonToxuNuit blanche à Ouagadougou et Siki. Les plates-formes contemporaines Kinani accueilleront en octobre My Gender Lives Here et Casa. Connexion Kin à Kinshasa a montré en juillet Trio sans titre. En Europe, Toxu a été au festival de Belluard en Suisse fin juin. Serge Aimé Coulibaly a présenté sa création en Allemagne en juin (Cologne, Düsseldorf), tandis que Le bal du cercle de Fatou Cissé a été en Avignon dans le magnifique cloître des Carmes en juillet 2015.

Virginie Dupray affirme que le projet a eu un impact durable sur les 3 structures. « Nous avons pu internationaliser nos structures, créer une image de marque forte, établir des partenariats durables. Nous avons appris à gérer des projets complexes, hisser notre niveau de rigueur dans la gestion et l’administration. Nous avons pu élargir notre offre et accroitre notre crédibilité auprès d’autres bailleurs de fonds. Ces acquis nous allons les conserver pendant longtemps ». Le projet a aussi permis de sensibiliser les pouvoirs publics : « grâce à ce financement, nous avons pu approcher beaucoup d’institutions publiques et les sensibiliser à investir plus dans les arts et la culture au niveau des communautés, parce que la culture contribue au développement durable », conclue Virginie Dupray.

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08 décembre 2015
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