BONNES PRATIQUES: WÙLU, PREMIER LONG MÉTRAGE DE DAOUDA COULIBALY

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BONNES PRATIQUES DU PROGRAMME ACPCULTURES+: WÙLU, PREMIER LONG MÉTRAGE DE DAOUDA COULIBALY

Première coproduction d’envergure entre le Mali, le Sénégal et la France

Wùlu est le premier film du réalisateur franco-sénégalais Douada Coulibaly. Il est produit par la société La Chauve-Souris, entreprise française indépendante qui est notamment soutenue par Orange Studio, la filiale de production cinéma de Orange et les diffuseurs Canal+ et TV5 Monde ; le film a été coproduit par Astou films (Sénégal) et Karoninka (Mali).

Avec Wùlu , La Chauve-Souris n’en était pas à son premier coup d’essai : la société s’était déjà distinguée dans la production de film africain avec La Pirogue de Moussa Touré. Présenté dans plus de 60 festivals à travers le monde, le film a notamment été en sélection à Cannes - Un Certain Regard Cannes 2012, et a obtenu le Tanit d’or aux Journées Cinématographiques de Carthage 2012.

La Chauve-Souris a réaffirmé avec Wùlu  son ambition de s’engager dans le développement d’une cinématographie indépendante de qualité en Afrique de l’Ouest avec le soutien d’Astou Films.

La phase de développement

Wùlu  est le premier film du cinéaste Daouda Coulibaly après des débuts prometteurs. Ses deux premiers courts-métrages avaient en effet été présentés et primés dans de nombreux. Il a également reçu, au Festival de Locarno en 2012 (section OPEN DOORS), un prix pour le scénario de Wùlu  sous forme de participation financière au développement du projet.

« C’est à Locarno que j’ai rencontré Daouda Coulibaly » explique le producteur Eric Névé. « J’ai eu un véritable coup de cœur professionnel. Wùlu avait pour ambition de proposer une vision actuelle et moderne de la société malienne en s’inscrivant dans le genre du thriller politique. Nous nous sommes rapidement concentrés sur la recherche de partenaires locaux et nous nous sommes tournés vers la société Astou films (Sénégal) avec laquelle j’avais déjà coproduit le film La Pirogue. Au Mali, je me suis associé à la société de production Karoninka, société créé par Angèle Diabang » résume Eric Névé.

Le développement de ce film aura ainsi pris presque trois ans, pendant lesquelles Daouda a travaillé sur l’écriture du scénario pendant que La Chauve-Souris se concentrait sur le financement du film.

Le bouclage du financement a été difficile. C’est grâce à ACPCultures+, qui a financé un projet hors des sentiers battus, que le film a pu être réalisé. « La difficulté était liée au genre du film, le thriller. Le genre fait que les aides françaises, éditorialisées pour soutenir un cinéma d’auteur classique (alors qu’on peut faire du cinéma d’auteur de genre, exemple Martin Scorsese) ont toutes refusées le projet (avance sur recettes, aide au cinéma du Monde). Heureusement que le Programme ACPCultures+ ne fonctionne pas sur ce modèle et qu’il laisse aux artistes le choix de leurs sujets et de la manière dont ils le traitent. ACPCultures+ a été le premier à nous soutenir, sans ce soutien le film n’existerait pas. Orange, Canal Plus et TV5 ont suivi », commente Eric Névé.

La production et le tournage

La réalisation du film n’a pas été facile. Suite à de la dégradation de la situation malienne (attentat perpétré à Bamako en mars 2015), le tournage a été décalé de plusieurs mois au mois. Suite à cet événement, les producteurs ont décidé de délocaliser majoritairement le tournage du Mali vers le Sénégal. Le temps de tournage – qui se portait initialement à huit semaines – a par ailleurs été réduit à sept semaines, afin d’absorber une partie des augmentations de coûts liées au déplacement du tournage au Sénégal, tout en maintenant une semaine de tournage au Mali pour les extérieurs. « Cette semaine de tournage nous paraissait indispensable afin de ne pas porter atteinte au réalisme du film nonobstant la nouvelle configuration », rappelle le réalisateur Douada Couilibaly.

Stratégie de promotion

Un communiqué de presse a été transmis au magazine Variety pour annoncer l’acquisition du film à l’international par Indie Sales. Variety est l’un des « trades » les plus importants de la profession. Cet article a ainsi donné un gros coup de projecteur sur le film, et de premiers intérêts n’ont pas tardé à s’exprimer, notamment du côté des festivals.

« Notre objectif était de présenter le film dans un festival de « classe A » c’est-à-dire l’un des 5 festivals de cinéma les plus importants du monde (Berlin, Cannes, Venise, Toronto et Sundance), dans le but de mettre le film sous les feux des projecteurs lors de sa première mondiale et ainsi booster les ventes du film. Les festivals de Berlin, Cannes, Angoulême, Venise et Toronto ont demandé le film. Nous avons écarté Berlin et Cannes, qui proposaient des sections trop « art house ». Venise n’acceptant de prendre le film dans sa sélection que si nous lui assurions une première européenne, nous privilégié Angoulême (un festival qui connaît une certaine notoriété du côté du public et qui donne une visibilité importante au film en amont de sa sortie en salle) et Toronto », souligne Eric Névé.

Les droits de diffusion télévisuelle de Wùlu ont été préachetés pour la France et les pays d’Afrique francophones par Canal+, Multithématique et TV5 Monde.

Une équipe locale

Au total, 21 techniciens maliens ont travaillé sur le projet, et 7 d’entre eux ont été détachés au Sénégal (hors réalisateur) au soutien d’une équipe sénégalaise qui comptait déjà 32 techniciens.

Des ateliers de formation ont été organisés à Dakar en amont du tournage. Le principe de ces ateliers étaient de mettre à profit les connaissances des principaux chefs de postes composant l’équipe technique du film afin qu’ils partagent leurs expériences du terrain et donnent quelques bases professionnelles pouvant être utiles aux participants. 

Durabilité

« Nous continuons de participer au développement d’un axe de coproduction entre la France et l’Afrique de l’Ouest », explique Eric Névé. « En outre, La Chauve-Souris s’est à nouveau engagée avec les sociétés Astou Films et Karoninka (société mère sénégalaise) dans le cadre de la production de son prochain film Une si longue lettre. Aussi, nous bénéficions désormais de structures de production locales sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, d’un vivier de techniciens locaux déjà formés auxquels nous pourrons faire appel lors du tournage et de prestataires fiables ».

Parallèlement à ce projet, La Chauve-Souris développe actuellement deux nouveaux projets avec Daouda Coulibaly, un qui porte notamment sur l’intervention de la France au Mali en 2013.

Astou Films travaille à la production exécutive d’un film en parti tourné au Sénégal.

Le projet a permis aux opérateurs locaux de donner une nouvelle dimension à leur carrière.

« Professionnellement, je suis sorti grandi de cette aventure car j’ai acquis un bon nombre de nouvelles notions. De plus, on m’a confié des tâches que je n’avais jamais gérées auparavant. Je sais que certaines compétences pourront m’être utiles à l’avenir et que mon nouveau panel de connaissances me servira sur d’autres plateaux », commente Samassekou Ousmane, 2ème assistant réalisateur pour les tournages au Sénégal et au Mali.

Sene Moussa, auxiliaire à la régie quant à lui ajoute que « ce projet a boosté la région de Thiès sur le plan cinématographique et économique. Il a permis à beaucoup d’artistes locaux de participer au film, leur offrant la perspective de gagner un salaire mais aussi de mettre à profit et développer leurs acquis professionnels ».

Retombées économiques

Les retombées directes sont très importantes. Grâce à ce film, 400.000€ ont été dépensés dans 3 pays ACP. C’est tout l’environnement économique du film qui en bénéficie: hôtellerie, restauration, transports etc… et enfin l’Etat qui, avec la fiscalité indirecte, encaisse une bonne partie de ces retombées économiques. « Un tournage, pour une région, c’est un effet d’aubaine. Il y a bien une raison pour laquelle toutes les régions du monde cherchent à attirer les tournages et multiplient les avantages destinés à les appâter », commente Eric Névé.

En conclusion

Pour Douada Coulibaly, « pour que le cinéma africain se fasse connaitre, il faut déjà qu’il existe. Je pense que toutes les cinématographies, avant de s’exporter, s’appuient en général sur un marché domestique. La particularité du cinéma africain c’est qu’il n’y a pas de marché domestique sur lequel il peut s’appuyer. Le défi, c’est soit d’avoir des films aussi bons et aussi exportables que les films américains, soit de développer un marché intérieur qui va nous permettre de rentabiliser et d’amortir certains frais avant de s’attaquer au marché international. Ce que fait le programme ACPCultures+ est top, il faudrait qu’il soit plus doté pour pouvoir aider plus de films. Par ailleurs, c’est assez simple, il faut encourager les distributeurs en salles à prendre des films africains et donc les soulager du risque financier que constituent les coûts de sortie en en finançant une partie. A travers le fonds MEDIA (Europe Créative), c’est déjà possible », conclut-t-il.

 

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21 juin 2017
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