INGRID KOPP: LA REALITE VIRTUELLE PEUT S'IMPLANTER EN AFRIQUE

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02 mars 2017

INGRID KOPP: LA REALITE VIRTUELLE PEUT S'IMPLANTER EN AFRIQUE

ACPCultures + a eu la chance de discuter avec Ingrid Kopp, présente à la Berlinale Africa Hub, une plateforme destinée aux projets et aux idées provenant de l’industrie cinématographique africaine et ajoutée cette année au Marché européen du film, le deuxième plus grand marché de l’audiovisuel au monde. Ingrid Kopp est la fondatrice d’Electric South

Pourriez-vous m’en dire plus sur Electric South ?

Electric South est une entreprise à but non lucratif que j’ai fondée au Cap (Afrique du Sud) avec Steven Markovitz après mon départ de New York. Steven et moi tentions de mettre sur pied quelques projets interactifs en réalité virtuelle pour des films, des expositions et des festivals africains. En 2005, l’Institut Goethe de Johannesburg, nous ne trouvions que très peu de projets, alors nous avons mis sur pied un atelier sur la VR, en invitant plusieurs professionnels. Mais j’étais quelque peu contrariée par le manque de contenu que je voyais, du coup, en nous basant sur cet atelier et cette expérience, nous avons décidé de commencer à financer et à apporter notre soutien à des projets interactifs et des projets en VR africains.

Quelle est votre expérience ?

Au départ, j’ai une expérience de la télévision, car je faisais partie de l’équipe de rédaction d’une chaine de télévision, à Londres. J’ai travaillé pour Channel 4, puis sur des documentaires américains lorsque j’ai emménagé à New York, où depuis peu je travaille comme conseillère principale dans le département de produits interactifs de l’Institut du film Tribeca. Donc j’ai plutôt une expérience dans les documentaires et dans l’incubation de projets.

Quelle était votre principale motivation à emménager au Cap et à lancer Electric South ?

Je suis née en Afrique du Sud et je voulais y retourner. Je souhaitais vraiment travailler sur des projets africains, ou tout du moins c’en était une des raisons. Je n’ai pas déménagé au Cap pour lancer Electric South : j’y serais venue de toute façon. La majorité des choses avec lesquelles j’avais l’habitude de travailler à New York, comme le mélange d’interactivité, de cinéma et de technologie, ça n’existait pas au Cap, ni même en Afrique du Sud tout court, alors j’ai pensé : pourquoi ne pas créer, le rendre possible. Et j’ai trouvé comment faire.

D’où vient le financement ?

La plus grande partie du financement provient de l’Institut Goethe de Johannesburg. Ils nous ont vraiment permis de presque tout faire : des films africains, des conférences… Nous avons aussi obtenu un petit peu de budget de la fondation Bertha et de Blue Ice Docs (Canada).

Donc, c’est un projet à long terme ?

Je vois ce projet comme un projet viable, capable de collecter des fonds, de financer et d’incuber d’autres projets. Il ne poursuit pas qu’un seul objectif et c’est la raison pour laquelle nous devons poursuivre notre travail et bâtir une véritable industrie ici. Pour cela, nous allons aller plus loin, puisque nous allons faire un nouvel appel à candidatures dès le mois prochain dans toute l’Afrique, organiser un autre atelier en juillet ainsi qu’une série de production. Nous souhaitons aussi travailler sur des projets qui ne tournent pas autour de la VR, comme des projets sur téléphones mobiles. Donc, oui, on ne va pas s’arrêter là. C’est génial que le projet soit à but non lucratif, parce qu’il peut nous permettre de faire quelques essais.

Comment est-ce que ça fonctionne ? Vous sélectionnez avant d’apporter votre soutien ?

D’abord, nous choisissons ceux que nous estimons bons et prometteurs, sans passer par un appel à candidatures. Ensuite, nous lançons un appel à candidatures sur tout le continent pour des projets en réalité virtuelle non fictionnels. Les candidats sélectionnés seront invités au Cap, où nous préparerons un atelier avec des conseillers et des cinéastes choisis lors de la première étape, en proposant des documents interactifs avec lesquels les participants devront travailler dans la production post-atelier.

Quelles sont les principales différences entre un récit linéaire et un récit en VR ?

Nous tentons toujours de déterminer à quoi cela doit ressembler, en termes de plastique, de narration ou du genre de récit. Il y a quelque chose de vraiment intéressant à utiliser la caméra 360º, parce que je pense que la perspective vous permet d’être un personnage qui participe au film, ce qui est très différent du film traditionnel. La réalité virtuelle crée un espace pour des récits d’un genre différent de ceux que l’on a dans une approche plus traditionnelle, c’est certain.

Ces projets ont-ils un potentiel commercial ?

Je pense qu’ils ont en effet du potentiel, même si ce n’est pas pour tout de suite ; soyons bien clairs. Nous créons tout juste les conditions et l’espace pour que ce marché fonctionne bien, même s’il n’existe pas encore de modèle financier. Mais certaines App Store peuvent vendre ce contenu en ligne, et donc le diffuser assez facilement. Le problème aujourd’hui, c’est que les gens n’ont qu’un équipement basique, une situation assez commune en Afrique. Du coup l’expérience n’est pas aussi immersive qu’avec un casque VR, qui coûte très cher. Je pense néanmoins que ces projets ont un grand potentiel, surtout sur téléphone mobile, en Afrique comme ailleurs. Nous allons simplement travailler, et voir où ça nous mènera.

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