L’AFRIQUE, LABORATOIRE DE LA CRÉATION FRANCOPHONE

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02 juin 2017

Interview de Philippe Lacôte, réalisateur et producteur

CANNES 2017

ACPCultures+ a rencontré le cinéaste franco-ivoirien à la suite de l’atelier organisé par le CNC sur un nouveau fonds pour la francophonie

ACPCultures+. Quelles sont les grandes lignes qui se dégagent de la discussion que vous avez eue ici jeudi à Cannes ?

Philippe Lacôte : nous avons été invités par le CNC avec une thématique, un titre « L’Afrique, laboratoire de la création francophone », avec plusieurs  personnes représentatives de la production et de la réalisation d’aujourd’hui sur le continent africain. Ce qui est ressorti c’est qu’il y a une volonté pour le CNC de créer un fonds spécifiquement dédié aux films francophones, avec la Belgique et le Québec. Par contre au niveau des intervenants, ce qui s’est dégagé c’est que nous avons été unanimes. Abderhamane Sissako était également là dans la salle et est intervenu, et nous avons tous été unanimes pour dire que nous n’envisagions pas aujourd’hui un espace de production, de financement de films sans un espace de formation. Nous sommes persuadés qu’ils y a beaucoup de jeunes talents aujourd’hui en Afrique, mais qui sont loin des systèmes de financement internationaux, loin des normes internationales, qui ont besoin que leur scénario soit renforcé dans des lieux d’apprentissages, avec des script-doctor que les tournages peuvent servir aussi à des aspects de formation, avec un volet théorique et un volet pratique. La conversation a beaucoup tourné autour de ça.

Concernant ce nouveau fonds CNC pour les pays francophones, tu penses qu’il devrait avoir quelle typologie, quel type de structure ?

Le fonds ne serait pas ouvert qu’aux films, il sera ouvert aussi à l’audiovisuel et au web. Il est important aujourd’hui d’intégrer toutes les écritures modernes qui existent en Afrique parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui travaillent sur le web, qui filment avec des téléphones. Cette idée de fonds pluridisciplinaire est une excellente nouvelle.

Quand tu parles de formation, c’est dans toutes les filières ? Du scénario à la post-production ?

Oui c’est dans toutes les filières, mais les deux filières sur lesquelles les participants ont vraiment axé leurs interventions sont le scénario et la production. Nous avons besoin de producteurs, et nous avons besoin de scénarios plus solides, qui sortent de labs, qui sont questionnés et confrontés à des script-doctors, pour aller affronter les commissions internationales.

Je pense que ce qui est également important, c’est la question de la formation sur le tas, learning by doing

C’est ça, c’est-à-dire qu’on ne réfléchit pas à un procédé de formation sur un an, on réfléchit sur un aspect théorique d’un mois, comme pour mon prochain film Zama King, et après on va sur le plateau. Donc le film sert également de tremplin pour former des jeunes à tous les postes.

C’est ce qui s’est passé avec ton film précédent, Run ?

C’est en effet ce qui s’est passé avec Run, et c’est ce qu’on veut encore étendre. Run était mon premier long-métrage, on tournait dans une situation politique qui était difficile, et j’avais peur de trop fragiliser le tournage. Donc on l’a tourné avec une vingtaine de jeunes, mais on l’a fait plus en amont avec les acteurs. Et là du coup on a envie d’ouvrir des départements productions, des départements qu’on n’avait pas ouvert à la formation.

Est-ce que tu peux me parler de ton nouveau projet ?

Zama King sera mon second long-métrage, développé au Torino Film Lab. C’est un film qui se passe dans une prison. Un jeune homme arrive dans cette prison et est obligé de raconter une histoire toute la nuit. C’est une sorte de Shéhérazade moderne.

Vous avez déjà un financement pour ce film ?

On vient d’avoir l’annonce du financement de 300.000€ de la part de la Côte d’Ivoire qui nous soutient via le FONSIC. C’est le premier financement. C’est important parce qu’on a toujours voulu que le pays –et c’était pareil pour Run–s’engage en premier et donne un signal important pour les partenaires. 

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