LA CROISSANCE DES NOUVELLES GALERIES AFRICAINES

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La croissance des nouvelles galeries africaines

“De nouveaux intervenants sont actuellement en train de développer des modèles de pratique hybrides.”

Depuis quatre ans il y a une forte augmentation en ce qui concerne les nouvelles galeries   du continent africain.

 

L’art contemporain africain est très en vue au niveau international, ce qui a été très bien documenté. Cependant, l’enthousiasme éclipse l’analyse de comment cet intérêt a globalement touché l’écologie du secteur de l’art africain. Bien que l’intérêt international a vite augmenté, cela se passe dans le contexte d’un secteur de galeries et une infrastructure d’art largement sous-subventionnée et sous-développée, ainsi que des marchés locaux seulement maintenant en train d’émerger. De ce fait, l’intérêt des marchés internationaux jusqu’à présent a été largement bénéfique pour les artistes individuels representés par des galeries internationales, avec des effets économiques de ruissellement fonctionnant de la même manière qu’autrepart afin de soutenir la croissance et la durabilité des secteurs d’art local. Nous pouvons voir des examples aux forums tel que 1:54 African contemporary art fair, où, même dans la 4eme édition, seulement 16 des 40 galeries participant sont basées sur le continent.

Cependant, les choses sont en train de changer. Malgré ces difficultés, le marché international s’est avéré être un déclencheur pour la création de nouvelles galeries sur le continent, nouvelles galeries avec un parcours et un modèle de durabilité qui ne comptent pas sur un financement philantrope comme cela se faisait dans le temps des marchés domestiques. Par conséquent, durant ces quatre dernières années, nous avons remarqué une énorme croissance de galeries sur le continent qui adoptent un modèle de fonctionnement avec un focus international. Parmi elles : Addis Fine Art (Addis Ababa, Ethiopia), 1957 (Accra, Ghana), Circle Art Gallery (Nairobi, Kenya), Art Space (Nairobi, Kenya), Espaco Luanda Art (Luanda, Angola), Al Marhoon Gallery (Algiers, Algeria).

Curieusement, la plupart de ces nouveaux intervenants développent des modèles de pratique hybrides plutôt que de suivre la structure classique de galerie commerciale internationale, car ils reconnaissent que les environnements locaux demandent un approche différent. Ils sont aussi très conscients des répercussions plus importantes de leur travail.

Art Africa a parlé avec plusieurs nouveaux galeristes en ce qui concerne les approches à la pratique et l’importance des galeries sur le continent.

 

DOMINICK A MAIA-TANNER

Galerie : ELA - Espaço Luanda Arte

Pourquoi avez- vous lancé “ELA – Espaço Luanda Arte”?

“Ayant travaillé avec de diverses productions d’art (Vidrul Photography, Vidrul Invites, JAANGO, et Container Art, pour en nommer quelques unes) depuis presque 8 ans, mais jamais la même, c’était un rêve personnel de pouvoir ouvrir une galerie d’art à Luanda où je pouvais tout regrouper. ELA - Espaço Luanda Arte est la réalisation de ce rêve. Elle est située au cœur de Old Luanda, lieu où plusieurs artistes avaient leurs ateliers (Antonio Ole, Paulo Jazz, Viteix, Kapela Paulo, parmi beaucoup d’autres) mais ont depuis été déplacés aux périphéries et dans d’autres villes. Plus qu’une galerie commerciale, nous voulons être une galerie engagée et créer des résidences d’artistes, en envisageant des expositions spécifiques à des projets et lieux, avec un ample espace pour jusqu’à cinq expositions en solo et une grande résidence collective, une zone désignée aux tables rondes, discussions et conversations entre artistes, et une grande zone pour les expositions en solo, en duo, ainsi que les expositions collectives. A ce propos nous voulons encourager non seulement les artistes angolais de Luanda mais aussi ceux de la province, ainsi que les collaborations panafricaines pour que les artistes non-angolais puissent venir travailler avec leurs collègues au Luanda, et vice-versa.

Sur un troisième et dernier plan, nous sommes personnellement motivés à aider les artistes dans leur croissance en les aidant à participer aux foires internationales, ainsi qu’établir des protocoles pour qu’ils puissent participer aux résidences internationales. Donc, et sans aucune fausse modestie, je dirais que ELA - Espaço Luanda Arte n’est pas seulement un tramplin et un catalyseur afin que beaucoup d’artistes angolais progressent et se développent, mais aussi un centre pour les artistes d’un point de vue international et panafricain.”

Pourquoi est-il important pour les galeries africaines de représenter les artistes africains ?

“Dans l’esprit de Wangari Maathai, je trouve que l’art africain contemporain devrait avoir un plus large processus par lequel les ressortissants et ressortissants étrangers vivant sur le continent discutent activement ce qu’ils “se doivent à eux-mêmes” plutôt que ce que le monde extérieur doit à l’Afrique. Donc, pour cette raison, il n’est pas seulement important pour les galeries africaines de représenter les artistes africains, mais aussi pour les africains de participer plus activement dans la définition et le développement de l’art contemporain africain. Pour ceci, il est à jamais important que les relations et collaborations intercontinentales soient développées entre les artistes, les galeries, et les institutions culturelles continentales afin que les opportunités et tendances soient créées de manière exothermique de l’Afrique jusqu’au reste du monde, et pas importées ou “forcées” de manière endothermique jusque l’Afrique à partir des galeries américaines et européennes qui ont des vues qui ne sont pas nécessairement celles ayant le meilleur intêret pour le continent africain.”  

 

DANDA JAROLIMEK

Fondatrice de la Circle Arts Agency and Circle Art Gallery, Nairobi, Kenya

On a ouvert cette galerie à Nairobi [en 2015] afin d’assurer un environnement “white cube” pour des expositions qui sont soigneusement conservées. Beaucoup de nos expositions sont des conceptuelles et collectives car ceci est toujours un peu inhabituel à Nairobi. Nous fournissons aussi un service expert consultatif pour des collectionneurs déjà existants et des collectionneurs potentiels.

Les galeries à ce niveau sont indispensables pour le continent, car il faut que les artistes puissent exposer leurs œuvres dans un espace professionnel tout en pouvant recevoir un avis de conservation. Il faut aussi que les collectionneurs aient un endroit pour venir découvrir la scène artistique de leur pays/région. Les informations sur l’art et sur quels artists collectionner ne sont pas très accessibles dans Afrique de l’Est et ces services sur mesure pour les collectionneurs sont conséquent encore plus importants que dans d’autres lieux où plus d’informations, catalogues etc. sont disponibles. Souvent je parle longtemps avec un collectionneur, pour qu’il devienne intéressé et impliqué dans la scène artistique africaine, avant qu’il acquérisse sa première œuvre. Ces rapports sont essentiels dans la construction d’une scène artistique connectée et dynamique.    

 

WAMBUI COLLYMORE

Fondateur du The Art Space, Nairobi

The Art Space a ouvert en octobre 2015 afin de proposer aux artistes une alternative aux galeries traditionnelles de Nairobi. Comme nous faisons partie d’une petite industrie il y a très peu d’intervenants clés en ce qui concerne les galeries, et The Art Space fait lentement face au défi. C’est un espace supplémentaire où les artistes peuvent exposer leurs œuvres et, en revanche, les clients peuvent y trouver des œuvres inspirantes.Il n’y a pas de galerie nationale au Kenya donc nous avons besoin de plus d’espaces pour exposer le meilleur art du Kenya, et dans notre cas, de notre région entière. Nous n’avons pas encore de forte concurrence. Nous en sommes encore à l’étape de la découverte à Nairobi et ceci stimule notre croissance organique.

Je ne représente pas d’artistes car je crois que notre industrie est encore trop petite pour cela. C’est une idée pour le futur, quand notre industrie sera un peu plus importante et qu’il y aura une plus forte présence de galeries. Notre ambition future n’est pas seulement d’exposer l’art de la région mais aussi l’art parvenant de toute l’Afrique, ainsi que d’avoir des partenariats solides avec d’autres galeries cherchant de nouvelles manières d’exposer et de discuter à propos de l’art du continent africain.     

Pourquoi pensez-vous qu’il est important pour le secteur des galeries de se développer sur le continent ?

L’art nous permet de relier certaines conversations et les galeries sont les lieux où l’art peut converger afin de mettre ces conversation en avant-plan. Si on pense à une exposition qui pourrait réunir, par exemple, un nigérian, un sud-africain et un kenyan afin de discuter à propos d’une question particulière, e.g. la crise de migration, les définitions de la beauté, la politique, etc. Un secteur important de galeries voudrait aussi dire que un plus grand nombre de personnes pourraient être employées et gagner leur vie à partir de l’art, que plus de personnes pourraient créér sans devoir trop se soucier du marketing qui vient après la création. Cela voudrait dire que le travail d’un artiste pourrait se développer car soudainement, il y aurait plus de temps. Dans plusieurs pays en Afrique, il incombe à l’artiste d’agir comme créateur, conservateur et marketer. Les galeries peuvent assumer la charge de deux de ces fardeaux—celui de conservateur et marketer. Un secteur plus important de galeries voudrait dire un secteur d’art plus important.

En tant qu’observatrice et quelqu’un qui y tient un intérêt personnel, Salimata Diop, conservatrice indépendante et directrice artistique de la AKAA art fair, Paris, a fait des remarques sur la montée du nouveau galeriste: “Durant le développement du AKAA project, avec Victoria nous avons remarqué l’émergence de plusieurs nouvelles galeries sur le continent, tel que Guns and Rain à Johannesburg, Art Meets Camera à Cape Town, Addis Fine Art à Addis Ababa ou Al Marhoon en Algérie. Notre vision pour AKAA est de créer un espace où de diverses perspectives et narratifs se rencontrent : pour cette raison, l’équilibre entre les galeries en Afrique et les galeries dans le reste du monde a toujours été essentiel. C’est une mission accomplie, car parmi les 30 galeries participantes en 2016, 13 étaient basées dans de pays africains.”

Elle ajoute : “En tant que conservatrice et en tant qu’africaine, je suis convaincue qu’aucun pays ne peut développer son marché de l’art sans qu’il y ait des galeries importantes sur place. De plus, il faut que l’on adresse les éléments manquant à l’écosysteme du monde de l’art en s’associant et avec la création de réseaux.”

Cette croyance dans l’importance fondamentale d’un secteur important de galeries sur le continent, les défis auxquels font face les nouvelles galeries et l’intérêt des réseaux, est au cœur du nouveau Emerging African Art Galleries Association (EAAGA) (Valerie Kabov, Danda Jarolimek, co-fondateurs). EAAGA est un réseau d’appui qui a été créé afin de favoriser la croissance et le développement du secteur de galeries du continent et afin de créer des ressources collaboratives pour les membres de ces galeries. Avec une pensée latérale en ce qui concernne les défis d’infrastructure domestique, l’association vise à rentabiliser la coopération et le partage de ressources, afin d’atteindre une concurrence internationale et d’établir des standards professionnels. 

Les galeries locales sont les seules participantes dans ce secteur et ont un grand intérêt dans le développement des marchés locaux pour les artistes locaux ainsi que l’éducation des collectionneurs. Leur mission est la durabilité à long terme. Le futur économique à long terme de l’art africain contemporain est dans le développement des marchés domestiques, régionaux et panafricains, ainsi que les opportunités pour les artistes africains qui pourraient ainsi surmonter le déséquilibre de pouvoir et économique entre le Nord global et l’Afrique, en ce qui concerne l’art contemporain africain.     

 

Source : Valerie Kabov, Art Africa

16 janvier 2017
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