A LUTA CONTINUA : MARCHE POUR TOUJOURS

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A LUTA CONTINUA : MARCHE POUR TOUJOURS

 

Une courte réflexion sur l’importance des artistes, des penseurs et des activistes révolutionnaires.

Lutter contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme, le racisme et toutes formes d’agressivité envers l’étranger, l’occupation, la domination ou l’hégémonie.

Un article de Art South Africa

Cet article offre une courte et dense réflexion sur l’importance  des artistes, des penseurs et des activistes révolutionnaires qui ont développé leur pratique dans le cadre d’un esprit culturel qui « a déclaré » son objectif sous la forme d’une lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme, le racisme et toutes formes d’agressivité envers l’étranger, l’occupation, la domination ou l’hégémonie.

La littérature des penseurs des décennies précédentes sert de témoignage qui préconise des influences positives sur le développement de la culture et ses impacts sur les standards sociaux, en commençant par le programme d’organisation personnelle d’Edvard Kardelj jusqu’à un programme d’idées pour la lutte culturelle par Antonio Gramsci, en passant par les idées d‘Arjun Appudarai sur la transformation imminente des valeurs et fonctions culturelles et par la notion cordiale d’ « opacité » d’Édouard Glissant et la compréhension de l’histoire, de la culture et des ressources humaines. D’autres auteurs et penseurs remarquables comme Franco Berardi, Homi Bhabha, Luc Boltanski et Eve Chiapello ont réfléchi aux conséquences qu’un manque de considération et d’implémentation de leurs modèles de gouvernance avait et a toujours : éclairer la nécessité d’articuler de nos jours une affirmation correcte quant aux concepts de gouvernance, de démocratie participative, d’assemblée, de la vérité générale et des relations humaines.

La réalité de ces contextes et de ces courants de pensées spécifiques était certainement que des aspirations politiques variées coexistaient. Nos générations doivent faire l’effort de comprendre les aspirations phares des rêves des personnes et les dynamiques sociales qui affectent la vie dans son ensemble et qui stimulent également une attitude culturelle et artistique spécifique, des productions visuelles et esthétiques, des modèles organisationnels et des mouvements politiques. Une attention particulière doit être portée sur les rôles souvent oubliés des poètes et des écrivains de ce temps qui ont pendant la période suivant la Seconde Guerre mondiale (1945-1960) largement influencé les nouveaux textes constitutionnels et ont, paradoxalement dans presque touts les cas, servi de véritables initiateurs du mouvement socialiste (deMayakovsky, Gorki, et Malevič à Césaire, Anta Diop, Sédar Senghor et Kosovel, Kardelj, Kundera et Havel, pour n’en nommer que quelques uns).Plus tard, entre 1969 et 1989, un grand nombre d’initiatives autonomes prises par la classe ouvrière, par les intellectuels et par les artistes, que le système avait de facto laissé prospérer, ont été maîtrisées, réprimées par l’un ou par le mécanisme (que ce soit le colonial, le capitaliste ou le socialiste) dont le but était simplement et avant tout de maintenir son monopole du pouvoir.

L’histoire a été témoin d’une myriade d’utopies irréalistes, sous la forme de mouvements de solidarité politique et socioculturelle. Parmi eux, on retrouve les mouvements révolutionnaires de l’internationalisme Noir, les politiques de Négritude et le soi-disant Bandung Spirit. Cependant une étude systématique de ces trajectoires historiques et de ces formations collectives politiques et culturelles ainsi qu’une comparaison systématique de ces phénomènes divers et leur impact sur les nouveaux territoires et les nouvelles réalités géopolitiques contemporaines doivent être réalisées. Toutes ces expériences étaient vues comme des moments pendant lesquels ceux qui étaient impliqués croyaient fortement au changement, des moments pendant lesquels l’imagination et le pouvoir était la condition de possibilité pour l’établissement d’un nouvel ordre social ou d’une nouvelle conception de l’état, un état d’opacité ou un nouvel état de choses. Les mouvements néo avant-gardes (dans les années 60) et les formations sous-culturelles ainsi que le soi-disant  « art de la résistance » (dans les années 70 et 80), qui étaient répandus dans les territoires mentionnés ci-dessus, présentent des similarités notables qui peuvent être tracées bien au-delà des prédictions : de la RFSY à Alger, du Sénégal au Nigéria, de l’Angola à l’Afrique du Sud, de la Pologne et de la Hongrie à la Tchécoslovaquie. Nous devons supposer que tous ces faits ont eu une influence énorme sur les opérateurs de la culture et sur les artistes travaillant aujourd’hui car la responsabilité sociale de l’artiste est encore une fois soumise au débat. Ce que nous trouvons est une forte nécessité de vaincre « l’état d’amnésie » qui persiste, amené par les idéaux sociaux qui ont répandus leur toile dans la tradition cognitive de notre civilisation.

Ce sont des points qu’Issa Samb, l’artiste contemporain le plus remarquable, qui a fondé le Laboratoire Agit’Art au Dakar dans les années 70, a répété à de nombreuses reprises dans le corps de son travail compréhensible bien que parfois énigmatique. « Marche ! pour toujours » est ce qu’il m’a écris sur la première page de son livre au Dakar quand je lui ai demandé la permission de publier quelques uns de ses écrits, reproduits dans les pages suivantes de ce magazine. L’esprit réformateur néo avant-garde du corps de travail d’Issa Samb est largement enraciné dans les traditions africaines où la simultanéité des formes et des actions est toujours embrassée par les mouvements réformateurs et les mots parlés. Ensemble, ils deviennent une manifestation vivante de ce que l’art devrait être, opaque ou non : il doit lutter pour le nouveau, sans tomber dans une apparente nostalgie dans la construction de nouvelles formes de ce qui est déjà arrivé. Pendant la lecture de ces pages, extraites de Word! Word? Word!. Issa Samb et la Forme Indéchiffrable, qui est aussi le titre de la première monographie complète et magnifique sur l’artiste, éditée par Koyo Kouoh et publiée par OCA Norway et Stenberg Press, nous devons garder en tête que les mots et la poésie sont des outils qui peuvent nous donner la liberté que nous recherchons puisque ce sont les seuls outils qui peuvent libérer la langue de toute automatisation.

07 juillet 2017
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