TWIGGY MATIWANA : ʺAUJOURD’HUI JE SAIS QUE LES RÊVES DEVIENNENT RÉALITÉʺ

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Twiggy Matiwana : ʺAujourd’hui je sais que les rêves deviennent réalitéʺ

The Bicyle Man est un incroyable court-métrage africain. Sa réalisatrice sud-Africaine Twiggy Matiwana a remporté le Poulain d’argent et le prix EU-ACP au FESPACO

À l’occasion du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne ont décidé d’octroyer un prix très particulier d’une valeur de 15 000 € au Sénégalais Alain Gomis pour son film," Félicité " (Golden Stallion), au Burkinabé Ousmane Mbaye pour son documentaire intitulé "Kemtiyu" (lauréat du prix du meilleur documentaire) et à la Sud-Africaine Twiggy Matiwana pour son court-métrage, "The Bicycle Man" (lauréate du Poulain d’argent).

Le but de ce prix est d’aider à la diffusion des projets originaires de l’ACP et récompensés par le jury du festival. Les lauréats seront également invités à participer dans de prestigieux festivals européens.

Pourriez-vous m’en dire plus sur votre expérience (vos études et vos précédents films) ?

Hé bien, je suis née et j’ai grandi dans la petite ville de Grahamstown. J’ai une expérience dans le journalisme, la direction de marketing et ai fait des études dans le cinéma, entre autres. À l’école de cinéma, il y a 5 ans, j’ai réussi à produire des films qui ont été sélectionnés dans des festivals internationaux comme le festival international du film Encounters Documentary ou les festivals du Zimbabwe ou d’Espagne.

Le film a pour thème le regard des autres sur la maladie. D’où vous est venue cette idée ?

J’ai eu cette idée grâce au documentaire de 3 minutes que j’ai réalisé sur le thème du cancer du sein chez l’homme. Après avoir terminé le documentaire, j’ai été happée par l’histoire, du coup j’ai voulu aller plus loin. L’année suivante, la Fondation nationale du cinéma et de la vidéo avait fait un appel à candidatures pour le Projet Jeunes Réalisateurs 2015, destiné aux jeunes cinéastes. J’ai commencé à écrire, puis j’ai soumis un synopsis d’une page. Vous connaissez la suite.

Quel le but du film ?

Pendant tout le processus de création de mon documentaire de 3 minutes, j’avais perpétuellement en tête la question de l’un de mes sujets d’étude masculins : ʺComment ça, les hommes peuvent être atteints par le cancer du sein ? N’est-ce pas une maladie de femme ? ʺ Alors, mon objectif était de montrer comment l’être humain réagit lorsqu’il se retrouve confronté à une maladie bien particulière.

Le film est assez optimiste. Son message peut être interprété de cette façon : grâce une bonne communication, on peut résoudre tous les problèmes. Vous êtes d’accord avec cette interprétation ?

Je suis totalement d’accord. Avec un peu de connaissance et de compréhension de la situation, celle-ci peut s’améliorer, sans que les gens ne s’accusent ou ne se rejettent la faute.

Avez-vous déjà personnellement vécu ce genre de situation ?

Lorsque j’avais 14 ans, une grosseur s’est développée sur l’un de mes seins. Mais lorsque les médecins ont voulu l’enlever par chirurgie, mes parents ont refusé, disant que j’étais trop jeune pour subir une intervention. Je n’avais pas mon mot à dire. Fort heureusement, ce n’était pas cancéreux. Mais ça m’a laissée avec beaucoup de questions.

Était-ce difficile de tourner en Afrique du Sud ?

L’industrie cinématographique sud-africaine est très compétitive, mais seules les émissions en cours de diffusion et les personnalités éminentes du secteur peuvent obtenir des subventions et être médiatisées. Par contre, la longue est encore longue pour ceux qui débutent. Je travaille dans l’industrie comme assistante-réalisatrice depuis 2006 et souhaite partager ma passion et mon ambition avec mes confrères cinéastes, qui ne se gêneront pas pour dénigrer mon travail, tout ça parce que je suis une femme. C’est une situation assez pénible à vivre.

Est-ce plus difficile d’être réalisatrice que réalisateur ?

Ça l’a toujours été, mais fort heureusement les choses ont changé petit à petit ces trois dernières années, et d’une façon positive. Les femmes ont plus d’opportunités. Je suis moi-même le produit du projet Jeunes Réalisateurs de 2015, l’intervention la plus notable de la Fondation nationale du cinéma et de la vidéo qui offre aux jeunes diplômés, particulièrement ceux venant de milieux défavorisés, une opportunité de faire un film avec Ramadam Suleman, Neville Josie et Prof Bhekizizwe Peterson comme mentors. Aujourd’hui, je me suis fait moi-même un nom dans le secteur et je travaille d’arrache-pied pour faire encore avancer ma carrière. J’ai de bons mentors, très pédagogues, qui savent comment faire en sorte que vos rêves prennent vie dans un film.

Que pensez-vous du prix octroyé par l’Union européenne et l’ACP, notamment pour ce qui est du sous-titrage du film et de l’invitation à Cannes ?

Lorsque l’on m’a dit que j’avais une chance d’aller à Cannes, j’étais au septième ciel. Je veux dire, ça n’arrive pas à tout le monde. J’ai toujours rêvé de pouvoir discuter de films avec Abderrahmane Sissako, Woody Allen ou Jim Jarmuch tout en me baladant dans les rues de Paris. Aujourd’hui je sais que les rêves deviennent réalité.

D’autres projets sur le feu ?

J’ai reçu récemment un scénario que je réaliserai à partir de mai 2017. J’ai vraiment hâte de travailler dessus. J’aimerais beaucoup pouvoir m’installer à Paris ou à Londres pour me concentrer sur l’écriture de mon nouveau scénario pour revenir présenter un grand film.

05 avril 2017
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